Par J. Boutillier, enseignant à l'INCTB, auteur de Se libérer des obsessions et compulsions
- Approche des croyances (cognitions)
- Approche des comportements (action)
- Approche de l'expérience sensorielle/corporelle
Bientôt développé :
- Approche des perceptions / émotions
- Approche des systèmes (interne-externe, action-réaction)
Introduction et orientations
Il y a à peu près 250 manières d’aborder un problème (et autant de pratiques psychothérapeutiques). Ajoutant à cela que tout individu est différent, il ne peut que difficilement y avoir un modèle unique de remise en cause du TOC. Dans ces pages, je décrirai les différents axes qui me semblent pertinents, à adapter bien évidemment à la relation thérapeutique qui reste prépondérante.
Le schéma ci-dessus issu de plusieurs points de vue de la mouvance des thérapies brèves présente différentes dimensions : ces caractéristiques sont organisées en deux systèmes, expérience interne et expérience externe.
w Expérience
interne : ce qui se passe à
l’intérieur du
sujet.
- Dimension
cognitive (Croyances, ce qui est pensé. Par
exemple : « Je vais être responsable... »).
-
Dimension perceptive et émotionnelle (Ce
qui vécu
émotionnellement, ce qui est perçu. Par
exemple : « J’ai trop peur que… ».
-
Dimensions sensorielle / corporelle (Ce qui
vécu
corporellement et perceptivement. Par exemple :
« J’étais tendu et
j’avais des sensations bizarres un peu partout »).
w Expérience
externe : ce qui se passe à
l’extérieur du
sujet.
- Dimension
comportementale : (Action, ce que la
personne fait. Par exemple : « Je le refais à ma manière pour être sur»).
- Dimension
réactionnelle du système :
(Réaction,
comment
le système, les autres, le monde, réagissent aux
actions du sujet. Par
exemple : « Ne
t’inquiète pas, je t'aide et je ferai pour toi»).
Ces 5 axes présentent la particularité
d’être en constante
interaction. Quelqu’un pourrait dire par
exemple : « Je ne sais pas
pourquoi j’étais tendu (expérience
sensorielle, corporelle), j’ai eu peur
(perceptions,
émotions) et je me suis dit que ça allait de ma faute si il arrivait quelque chose (croyances).
Ma peur a augmenté (perceptions,
émotions) et j’ai commencé
à voir
trouble (expérience
sensorielle, corporelle). J'ai alors tout vérifié 5 fois (action) et ma mère m'a regardé faire pour être sur
(réaction) de ne plus être angoissé par ça (perceptions, émotions) ».
On le voit, les interactions sont nombreuses, autant dans le
domaine de ce qui se passe à
l’intérieur de la personne
qu’à l’extérieur. Les
thérapies cognitives, les thérapies
comportementales, les thérapies familiales...
ont donc toutes leur mot à dire quand on observe le
processus du problème.
En même temps, elles n’agissent que sur un
domaine (les croyances
par exemple pour les thérapies
cognitives). Cela peut
suffire (il y a donc alors succès thérapeutique)
mais également se révéler
inopérant, car mésestimant la globalité du sujet
et l’équilibre
des systèmes (une
des particularité des systèmes étant
quand on les
remet en cause
insuffisamment ou que l'on ne leur propose pas d'alternative de
fonctionnement valable, de développer une énergie
considérable à retrouver le point
d’équilibre initial).
Il convient donc de produire une approche du TOC
pluraliste, multifactorielle
et respectueuse de cet équilibre
systémique. Elle sera
décomposée ici en différentes parties
thématiques :
- Approche des comportements (action)
- Approche de l'expérience sensorielle/corporelle
Bientôt développé : - Approche des perceptions / émotions
- Approche des systèmes (interne-externe, action-réaction)
Approche des croyances
- La thérapie
cognitive s’installe peu à peu
à partir des années
60, avec T. Beck. Travaillant originellement sur la
dépression,
il relève l’existence de blocages cognitifs au
changement : pensées
automatiques, dialogue intérieur… Loin de la
psychanalyse, ces processus
de pensées portent sur des sujets bien « concrets
».
A partir de ce constat va se mettre en place un modèle
cognitif,
adaptable notamment aux troubles anxieux.
- Conjointement, d'autres techniques permettent un travail des
cognitions, de la représentation de lui-même, des
autres
et du monde par le sujet. La PNL,
lorsqu'elle est pratiquée sérieusement a
développé de nombreux outils de remise en cause
des
croyances, tout comme l'hypnose
ericksonienne. De même d'autres approches
(stratégiques,
orientées
solutions, émotionnelles
correctrices...),
mènent plus ou moins directement à une
restructuration
cognitive (puisque tout est relié et en constante
interaction).
«
Je
pense donc je suis »
A tout
moment
nous pensons. Ce qui est cognitif regroupe les pensées,
système
de représentation, images mentale que nous mettons en place
entre
nous et la réalité. Ce système de
représentation
s’établit en fonction de nombreux filtres,
détaillés
précédemment. Nous construisons
donc notre propre lecture de la réalité.
Ce que nous pensons
«
J’en
pense plus de bien que de mal », « j’en
pense plus de mal que
de bien ».
Si on
mène
l’enquête, on se rend compte que chaque individu va
avoir une lecture
personnelle de la réalité, plus ou moins
adaptée au
bien-être. Schématiquement, cette adaptation va se
révéler
par la proportion de pensées négatives et
positives : La
restructuration
cognitive va donc avoir notamment pour but de rétablir un
certain
équilibre, diminuer les proportions du négatif,
augmenter
celles du positif, cela non pas en sombrant dans un positivisme
béat
mais en observant la réalité le plus
objectivement possible.
Pensée et émotion
« Nous
ressentons ce que nous pensons » diraient les cognitivistes
C’est là
un élément essentiel. Si nous reprenons le schéma
précédemment utilisé (p. ), il y a un lien à
bien intégrer. Ce n’est pas la réalité que nous
ressentons mais ce que nous pensons de la réalité.
On vit une
situation, on en pense quelque chose. De ce qui est pensé découleront
et dépendront les émotions, comportements.
Il y a quelques
années je travaillais avec une jeune phobique sociale. Elle ne voulais
plus sortir. Nous découvrîmes qu’elle avait un grand-père
dont le dicton favori était : « l’homme est un loup pour l’homme
». Peu à peu, elle avait intégré ce dicton,
le posant comme une vérité absolue. Tout le monde lui reprochait
de ne pas vouloir sortie. Je lui dis à l’époque : «
Tu as entièrement raison de ne pas sortir. Aller au milieu des loups,
moi non plus je ne le ferai pas ». Elle me considéra autrement,
et nous avions pu alors commencer à travailler sur cette vision
du monde. Etait-ce vrai ? Etait-on tous des loups ? (A la fin je l’accueillais
d’ailleurs en hurlant à la mort !). Ayant recadré ce système
de pensée, modéré sa croyance, elle a pu ressortir.
Une croyance
n’est pas une vérité, une croyance est une théorie
sur la vie énoncée à travers de nombreux filtres,
tenue comme vraie, absolue mais non-vérifiée. L’ émotion
est justifiée, est donc en cela complètement respectable quelle
qu’elle soit, mais la pensée en amont ne l’est pas. En cela, la
thérapie cognitive pourrait être appelée la thérapie
du bon sens.
Dans le domaine
anxieux, beaucoup de chose sont illusoires : le contrôle est
une
illusion de contrôle (on ne peut tout contrôler),
la pensée
est construite sur des illusions : illusion sur soi, sur les autres,
sur
le monde qui nous entoure. Ces noires illusions devront être
pesées,
remises en cause, remodelées ou
dépassées pour accéder
au bien-être.
Illusions les
plus courantes dans le cadre de troubles anxieux :
-
Noirceur
du futur
-
Dévalorisation
de soi-même
En
d’autres
mots, « le futur qui m’attend est terrible, et je
ne suis pas capable
de l’assumer ou de m’en sortir ». Il est
alors tout à fait
normal d’avoir à souffrir
d’anxiété. Mais tout cela
est-il vrai ? (futur négatif et vision
défaillante de soi-même).
Dans le TOC, les croyances vons se spécialiser autour de ces thèmes :
-
Surestimation de la présence ou du contenu des pensées
-
Surestimation de la probabilité et de la gravité des conséquences éventuelles de ses pensées.
-
Surestimation de la responsabilité
-
Attitude perfectionniste (besoin de certitude et de contrôle).
-
Surestimation des répercussions mêmes de l'anxiété.
Les thèmes pourront ainsi être :
-
Le sujet ne tolère pas d’avoir des
pensées alarmistes. Type de croyance : « Penser
cela va me mener à
la catastrophe. Je ne dois pas tolérer ces
pensées… ». Intolérance aux
pensées intrusives.
- Le sujet doit être parfait ou se considère responsable d’une prétendue insuffisance : « Ca doit être parfait sinon je suis responsable ». Perfectionnisme et responsabilité personnelle.
- Le sujet pense être systématiquement jugé, condamné, puni en cas d’erreur : « Si je fais une erreur, je suis condamné », « Si je n’y arrive pas, je serai puni »… Peur du jugement et culpabilité.
- Le sujet pense que ritualiser ou ruminer va faire disparaître la peur : « Si je vérifie, ça ira bien après ».
Illusion de contrôle.
Approche
cognitive et TOC
La
dimension
cognitive du TOC s’installe à plusieurs niveaux :
Le
techniques
vont ici viser à atténuer cette phase
d’hypervigilance catastrophiste
et de permettre une exposition sans rituel, évitement ou réassurance extérieure.
On se penchera donc sur les erreurs
d’interprétation portant sur les pensées intrusives, mais aussi sur la peur de perdre le
contrôle. Il s’agit ici de remettre en cause
deux schémas
essentiels : perception d’un danger et sentiment
d’incapacité à
gérer la situation.
Les techniques vont s’établir pour développer la compréhension des symptômes, le rétablissement d’une «forme de contrôle» sur ceux-ci. La remise en cause des schémas cognitifs et postulats peut se faire de différentes manières. Quelques exemples :
- Normaliser le problème : dé-pathologiser le problème, ce qui en soi constitue déja une mutation cognitive.
-
Remise en cause par le thérapeute des processus
anxieux du client : discussion
du bon sens pendant laquelle on peut par exemple discuter le langage en
"tout rien", catastrophiste, les lectures d'avenir, les lectures de
pensée etc... On peut également aller dans le
sens des pensées
anxieuses jusqu'à la caricature, en explorant chaque
détail dans son
atrocité.
- Travail
en hypnose pour remettre en cause les croyances de base
(elles se sont mises en place par exemple à partir d'une
expérience de
référence qu'on revisite pour
l'interpréter différement).
Compréhension
L'anxiété
a un avantage : tout s'explique. La compréhension par le
sujet de ce qui lui arrive consitue déja un
élément d'évolution congitive.
- Sans brasser
le passé pour le plaisir, on peut, dans un style
collaboratif identifier
et décrire la
genèse du TOC,
mettre en évidence les différents facteurs.
L’anxiété
n’est pas quelque chose qui apparaît comme cela. Le
trouble anxieux
se construit (hypersensibilité, chocs, traumatismes, stress
chronique
pendant l’enfance, surprotection et/ou
inaffectivité parentale,
exemples familiaux ou sociaux
d’anxiété, stress divers…).
- Un explication
des symptômes est nécessaire et bien
menée peut déjà
apporter un mieux-être évident. Combien de fois
ai-je d’ailleurs
été surpris de rencontrer des personnes ne
connaissant rien
de leurs difficultés malgré un carnet de
santé à
rallonge. La nécessité de comprendre les
manifestations physiologiques de l'anxiété
semble pourtant évidente. Les différents outils
psycho-corporels,
exercices divers sont autant d’élément
participant à
une restructuration cognitive.
- La personne anxieuse est sérieuse, attentionnée, pense et analyse. Ces capacités peuvent être utilisées à l’avantage de la démarche thérapeutique. L’hypervigilance ou l'obsession peut se transformer peu à peu en observation bienveillante. Un symptôme peut s’utiliser, être orienté de manière positive.
Mise à jour des paradoxes
Dès
qu'il y a trouble, il y a paradoxe.
La mise à jour permet à la personne de prendre
conscience du cercle
vicieux qu'elle est en train de vivre. Nombreux sont ceux
qui par exemple s'inquiètent pour se rassurer, ce qui est
assez paradoxal.
J'ai travaillé une fois avec un monsieur
qui bégayait... pour ne pas bégayer. Le
bégaiement, dans sa manière de voir les choses,
lui permettait de temporiser sur un mot, pour pouvoir anticiper sur le
mot suivant et bien le prononcer. Chaque mot était donc
bégayé pour ne pas bégayer le suivant.
Dans le TOC, il y a cercle vicieux systématique et donc
paradoxe. Par exemple, si je vérifie le gaz plusisuers fois, au
lieu de me rassurer, cela confirme l'idée que je ne suis pas
fiable et qu'il va donc me falloir... vérifier à nouveau.
Et si j'évite la situation, cela confirme qu'elle est
dangereuse, l'anxiété relative va augmenter. Quand je
vérifie ou que j'évite pour me rassurer, je produis de
l'angoisse. Il me faudra alors éviter ou vérifier encore
plus pour pouvoir me rassurer etc....
Un changement cognitif important est de prendre conscience de ces
processus inconscients et paradoxaux. Une fois le cercle vicieux
constaté, on met le doigt dans l'engrenage plus
difficilement ou bien de manière différente ce
qui dans tous les cas modifie le processus.
Cet ensemble
de techniques va permettre de dévoiler au sujet ses propres
processus
cognitifs pour pouvoir les remettre en cause, construire une autre
représentation
de la réalité. En cela, l’approche
cognitive est un outil
important. Cette « mutation » cognitive,
nécessaire et obtenue d'une manière ou d'une autre,
est un élément fondateur du changement en
thérapie
des troubles anxieux et du TOC en
particulier.
Approche comportementale
Thérapie comportementale
La thérapie comportementale comme son nom l’indique est
omniprésente dans le travail du comportement. Bien qu’elle
ne constitue pas la seule ressource dans ce domaine (il y a
d‘autres approches qui permettent de travailler sur les actions
du sujet), on peut commencer par la présenter et la
définir.
Les théories comportementales sont construites sur le principe du conditionnement (et du déconditionnement).
Dans le cadre du TOC, les thérapies comportementales s’expriment autour de 4 axes essentiels :
- exposition in imagino aux situations anxiogènes
- exposition in vivo aux situations anxiogènes
- extinction des rituels
- prescriptions de tâches pour continuer et renforcer le travail
Il s’agit donc de s’exposer pour s’habituer
progressivement à ce qui fait peur, sans pour cela mettre en
place des stratégies de réassurance (rituels,
évitements, …).
Exposition avec prévention de la réponse
L’exposition avec prévention de la réponse est une des techniques comportementales qui peuvent se révéler pertinentes : il s'agit d'exposer le sujet à la situation anxiogène pendant au moins deux heures. Le but est double :
- Habituation aux réponses émotionnelles (angoisse et manifestation physiologique) : il s'agit pour le sujet de constater que l'angoisse décroît et de s'habituer aux manifestations de l'angoisse.
- Extinction des réponses comportementales (rituels)
: il est question ici de prévenir la réponse
ritualisée ou l'évitement, en résistant à
l'anxiété à court terme.
Dans ce cadre d'exposition, les situations sont abordées une par
une, selon une hiérarchie croissante. Un des
critères d'arrêt de la séance est la diminution
d'au moins 50% de l'angoisse relative à la situation.
L'exposition peut se faire dans un premier temps en imagination avant
de se lancer dans la réalité. C'est également
utile pour les situations dont ne peut pas faire d'exposition
réelle en séance.
Cette exposition est accompagnée de prescriptions de tâches, exercices de renforcement sur le thème de l'exposition que le sujet doit faire entre deux rendez-vous. Le but est donc de s'habituer, d'éteindre les rituels et évitements, mais également de vivre un maximum d'expérience correctrice c'est-à-dire des situations où la personne ne ritualise pas et constate, … qu'il n'arrive rien de problématique.
Règles comportementales d’exposition
En matière d’exposition, il y a quelques règles d’or :
1) L’anxiété baisse si on prolonge l’exposition.
L’anxiété monte puis stagne, puis baisse. Il
n’y a pas de bénéfice à l’exposition
si on quitte la situation pendant la montée (échappement)
mais augmentation de l’anxiété relative à la
dite situation.. Pour qu’il y ait habituation (diminution et/ou
disparition du conditionnement anxiogène), il est
nécessaire de quitter la situation quand
l’anxiété se réduit et/ou a disparu.
2) Le degré maximal d’anxiété baisse si on répète les expositions.
Si on répète une situation, elle est de moins en moins anxiogène.
3) La durée de l’anxiété baisse si on répète les expositions.
Si on répète une situation, le degré
d’anxiété revient de plus en plus vite à la
normale.
Prescrire des tâches
Dans le domaine du comportement, de nombreuses tâches peuvent
être prescrites. Des tâches d’exposition comme dans
la thérapie comportementale, mais également
d’autres éléments de remise en cause, plus
indirects et stratégiques mais souvent plus pertinents et
efficaces :
w Modification du déroulement de l’action.
Il s’agira ici, non pas d’attaquer le symptôme
tête baissée, mais plutôt de le fissurer plus
subtilement, en douceur.
Quelques exemples :
- Changer la fréquence ou le rythme d’accomplissement du rituel.
- Changer l’organisation du rituel dans le temps.
- Ajouter un élément nouveau au schéma du rituel
- Changer la séquence des éléments ou des événements dans le schéma du rituel.
- Découper le schéma du rituel en éléments plus petits.
- Lier l’accomplissement du rituel à quelque activité encore plus pénible.
- Détourner l’attention vers autre chose (d’extérieur) pendant le rituel.
w Autres tâches : d'autres tâches peuvent être prescrites.
- Tâches d'observation : elles concernent les moments d'exception. D’après De Shazer, les exceptions sont « ces expériences passées de la vie du client où le problème n’est pas apparu alors qu’on aurait pu s’attendre raisonnablement à ce qu’il surgisse ». Il s'agit au sujet d'observer ce qui se passe quand le problème n'apparait pas, c'est-à- dire le processus de la solution.
- Tâches de comportement : il s'agit de prescrire des comportement qui favorisent l'émergence de moment d'exception.
- Tâches de réflexion : on demande au sujet de réfléchir régulièrement aux éléments de solutions qu'il pourrait imaginer. Par exemple se demander tous les matins : "Quels seraient les plus petites choses que je ferais dans mes relations aux autres si j'avais plus confiance en moi". On ne demande pas à la personne de faire quelque chose mais de réfléchir à ce qu'elle pourrait faire de plus modeste qui iarait dans le bon sens.
w Prescription du symptôme.
Les prescriptions paradoxales peuvent constituer des expériences
correctrices intéressantes. Décider de faire
volontairement (ou ne pas le faire) quelque chose qu’on subit
habituellement permet un recadrage du rapport de l’individu avec
son rituel et avec plus généralement la
réalité qui l’entoure.
Si la théorie détermine l’expérience,
l’expérience détermine la théorie (nous
construisons notre vision du monde en fonction de ce que nous vivons).
On pourrait dire que comme la banane se mange par les deux bouts, la
remise en cause d’un trouble peut se faire autant par la remise
en cause de ses fondements (psychologiques) tels qu’on les
conçoit traditionnellement que de ses manifestations
symptomatiques (les comportements). Les outils comportementaux se
révèlent donc utiles et pertinents.
Le TOC comme tout trouble anxieux est accompagné d'un cortège de manifestations corporelles et sensorielles. En travaillant sur d'autres axes (émotions, pensées, explication des symptômes etc...), on peut également réguler ces phénomènes corporels mais il peut être pertinent de se pencher sur la dimension psycho-corporelle et sensorielle du sujet.
Lorsqu’on
évoque la relaxation, on pense volontiers à une
activité
de salon plus ou moins ésotérique, sorte de
ramollissement
somnolent. Il
n’en est
rien. Etymologiquement «Relaxer» signifie «re-libérer»,
à l’image du prisonnier qu’on
relaxe.
Il
s’agit ici
de libérer des ressources et énergies nouvelles,
présentes
en chacun de nous.
Le
relâchement,
tout comme la tension sont des états
naturels.
Chaque fibre
musculaire a deux possibilités : se contracter ou se
relâcher.
Culture et
société modernes nous apprennent à ne
pas nous laisser
aller. L’éducation est
également un facteur déterminant.
L’individu, au fil de son histoire oublie le chemin qui
mène au
relâchement.
Pratiquer
la relaxation, c’est guider corps et esprit vers la
redécouverte
de cet état physiologique inscrit dans la mémoire
cellulaire.
Se relaxer
n’est donc pas un phénomène artificiel
ou extérieur.
Il s’agit de retrouver et de libérer des
compétences perverties
par l’histoire de l’individu : la relaxation existe
en nous de manière
naturelle. Se relaxer, c’est donc aussi progresser dans la
connaissance
de soi-même.
Dialogue
tonique
w Tonus
musculaire
La physiologie
de l’individu présente deux types de muscles
:
- Muscles lisses
(ou muscles blancs) : leur contraction est autonome,
involontaire ou soumise
au système nerveux
végétatif.
- Muscles striés
(ou muscles rouges ou muscles squelettiques) : unissant
les os, ils permettent
la mobilité du sujet. La contraction de ces muscles est
volontaire,
soumise au contrôle cérébral.
Ce sont les
muscles striés, muscles volontaires, qui nous
intéressent
ici. Ces muscles sont maintenus dans un état de contraction
partiel
mais permanent : le tonus musculaire, qui permet par exemple de
maintenir
le corps dans une situation donnée. Ce seuil minimal de
contraction
est bien entendu variable selon
l’individu.
w Régulation
Les chocs,
émotions agissent sur la fonction tonique du muscle,
d’où
l’importance de l’apprentissage de sa
régulation en relaxation.
Selon ses capacités, le sujet répondra de deux
manières
à une agression :
-
Dérèglement
du tonus musculaire : agressé, le sujet se
contracte exagérément.
Cette dépense d’énergie ne lui permet
pas d’agir correctement
pour résoudre le problème. D’autres
sollicitations surgissent.
N’ayant pas retrouvé tout son tonus musculaire,
cette nouvelle agression
est encore plus mal vécue que la
précédente… La tension
devient chronique.
-
Régulation
du tonus musculaire : le tonus musculaire est plus bas.
L’agression ne
crée pas ou pu de tensions. Le sujet peut réagir,
avoir accès
à ses ressources puis retrouver rapidement et
aisément son
état de départ.
w Fonction
et dialogue tonique
La fonction
tonique est au centre de la vie de chaque individu. Dans sa
relation
avec lui-même, mais aussi avec son environnement.
Dans ce cadre,
la relation à soi et au monde dépend
essentiellement du dialogue
tonique que l’individu peut mettre en place.
Répondre aux demandes
de manière sereine, dans un corps libre et
épanoui, établir
une relation non-tensionnelle.
Ce dialogue
est autant physiologique que psychologique. C’est
d’ailleurs là
une de ses spécificités. Réconciliant
intellect et
corporalité, il apporte à l’individu
une juste et libre appréciation
de la vie en relation. La maîtrise de ce dialogue est le but
de la
relaxation.
La respiration
w Respiration - Emotion
La respiration
est la seule fonction vitale dépendante du
système neuro-végétatif
que l’homme puisse maîtriser. Participant
à la régulation
du système nerveux, de la circulation sanguine, la fonction
respiratoire
est bien entendu capitale d’un point de vue physiologique.
D’un
point
de vue psychologique, la relation entre respiration et état
émotionnel
n’est plus à prouver. Mais, dans le cadre de la
gestion émotionnelle,
l’important est de constater que cette relation est
bilatérale :

La vie psychique influe sur la respiration.
La respiration influe sur la vie psychique.
w Fonction
respiratoire
Pour respirer,
il faut des muscles. Le diaphragme est le muscle le plus important de
la
fonction respiratoire.
- Dans une
respiration
libérée, le diaphragme s’abaisse
à l’inspiration et
monte à l’expiration. Il assure
une respiration ample et abdominale.
- Dans les
respirations
superficielles, irrégulières, arythmiques, le
diaphragme
est souvent bloqué. Des tensions musculaires contrarient la
liberté
du souffle, ce qui impose à l’individu un
surcroît d’effort.
En lui
redonnant
sa mobilité, on accroît la ventilation pulmonaire,
on masse
le plexus solaire, on tonifie la région
abdominale.
w La vie respiratoire
La respiration
abdominale est celle du bébé et du jeune enfant
avant apprentissage,
celle des dormeurs profonds et des animaux.
L'éducation
("Tiens-toi droit!", "rentre ton ventre"), la vie sociale modifient la
respiration naturelle et profonde : elle devient thoracique et
superficielle.
Une respiration
libre, calme et diaphragmatique assure un meilleur équilibre
émotionnel.
Complète,
elle procure une relaxation profonde et tonifie
l’organisme.
En respirant
amplement, on détend les muscles intercostaux et on
libère
la cage thoracique, crispations souvent liées à
la peur,
la timidité, la rigidité morale,
…
Une respiration
complète, équilibrée et stable
(enracinement), permet
la prise de conscience de l’individu dans sa
globalité.
Se
relaxer debout
est une chose étrange, mais essentielle car
adaptée au réel.
Quand il y a difficulté, tension, mal-être,
c’est en relation
avec soi, les autres ou le monde. La position première est
alors
la station debout. Difficile position, lieu d’un dilemme
entre exigences
extérieures et ressentis intérieurs :
être présent
à soi et au monde. Position juste que l’enfant
possède, installé
dans son centre de gravité mais pervertie par les enjeux de
nos
exigences, celles des autres ou du monde qui nous entoure. Ainsi
déséquilibré, la confiance ne vient
plus pour l’homme
de ce qu’il est, corporellement et réellement,
mais de ce qu’il
pense, de ce qu’il sait ou de ce qu’il est pour les
autres. Déséquilibre
provoquant tensions, insécurité, rapports
conflictuels, …
Se recentrer,
c’est se retrouver pleinement : homme debout, responsable,
libéré,
en pleine confiance, installé autant en lui-même
que dans
le monde qui l’entoure, ressentant un juste
équilibre entre être
et paraître, entre présence à soi et au
monde.
Le hara : il
s’agit du centre de gravité originel,
expérimenté
par l’enfant qui se tient debout, le bas-ventre. Naturel, ce
centre a été
expérimenté et vécu par tous.
Là encore, il
ne s’agit pas d’une construction de
l’esprit ou d’une démarche artificielle
mais d’un retour au source.
Retrouver
ce hara, l’intégrer, le faire sien,
c’est se donner une base de
lancement, un lieu essentiel d’épanouissement de
l’être tout
entier, une assise franche et solide au devenir de
l’être.
L'abord corporel peut donc se
révéler important dans le domaine psycho-corporel, les
symptômes physiques de l'angoisse associée au TOC étant à dominante respiratoire (hyperventilation) et tensionnelle.
Il s'agit d'apprendre à se détendre, à respirer
correctement pour ensuite pouvoir remettre en cause les symptômes
de la panique. Une exposition graduelle aux symptômes physiques
permet de mettre en place des automatismes concrets de remise en cause,
adaptés aux situations.
Expérience sensorielle
En plus des approches exclusivement
corporelles, le niveau sensoriel peut également être
prépondérant. Lorsque nous vivons une situation, le
premier codage que nous en faisons est sensoriel (on voit, on entend,
on touche, on sent et on goûte). C'est ce que l'on nomme structure
de référence, qui va ensuite se transformer en
représentation mentale (structure profonde) pour être
ensuite mise en mot (structure de surface) :
On s’intéresse ici par exemple à comment le cerveau à encodé telle ou telle situation. Il s’agit alors de « ré-encoder » l’expérience différemment, de manière à ce que l’effet produit ne soit plus le même. Si par exemple, une personne à comme référence pour une sortie en voiture, une image interne géante remplies de corps ensanglantés, du rouge partout, image accompagnée d’un bruit de fracas de tôle et de cris de douleurs très puissants, il est tout à fait normal qu’elle ne prenne pas le volant ou mette en place des stratégies ritualisantes. L’expérience sensorielle de référence est donc prépondérante. Elle est à explorer et à modifier (une autre personne a pu encoder différement la même situation et vivre les sorties en voitures de manière épanouie).
- Approche des perceptions / émotions
- Approche des systèmes (interne-externe, action-réaction)
Par J. Boutillier, enseignant à l'INCTB, auteur de Se libérer des obsessions et compulsions